Page 1 sur 1

Les racines africaines de la musique noire d’aujourd’hui.

Publié : dim. 4 mai 2008 03:41
par dirglas
Image

la musique et la danse sont aujourd’hui les principales passions des jeunes à travers le monde. Depuis le contact avec l’occident, les musiques inventées par les Noirs sont nombreuses : Gospel, Rock’nRoll, R’n’B, Rap, Reaggae, Salsa, Gwo ka, Biguine, New Jack, Reagga, Bossa nova, Zouk, Compa, Jazz, Soul, etc. Toutes, elles puisent leurs racines communes en Afrique noire où le rythme revêtait une signification précise que nous avons depuis quelque peu oubliée.

Image

HAUTBOIS ET TROMPETTES AFRICAINES
TCHAD

Image

DIZZY GILLESPIE

Les peuples d’ascendance africaine ont toujours eut une très haute perception de la musique et du chant et cela depuis l’époque pharaonique. Chansons populaires ou sacrées, les paroles misent en musique revêtaient des genres différents selon leur finalité sociale et culturelle : Chants liturgiques (pour les cérémonies religieuses), chants pour le travail (semailles, récoltes, construction d’une infrastructure...), chansons familiales (mariage, naissance, berceuse...), chansons populaires (fêtes, contes, deuil...), chansons militaires (chant de guerre, chant de chasse...), etc. [2]

Les Africains de la période pharaonique (Egyptiens) célébraient chaque année une multitude de fêtes, religieuses ou non, qui leur permettaient d’organiser des concerts, des cérémonies théâtrales et autres réjouissances populaires. En égyptien ancien, le terme désignant ces fêtes populaires est "hb" (Wb.III.57.5). Le terme "hm" s’appliquait en particulier aux cérémonies liturgiques. On retrouve cette distinction en langue Zoulou par exemple, avec les termes "gubho" pour "fête populaire" et "goma" pour "fête religieuse". [3]

Mais intéressons-nous quelque peu au savoir des Dogons pour mieux saisir les racines africaines de la musique noire. Selon ces derniers, la parole est à l’origine créatrice de toutes les formes de vie. "Du Verbe de Dieu est issu l’atome de l’univers d’où sont sortis tous les êtres".

G. Calame-Griaule et B. Calame,résument ainsi la philosophie des Dogons. Ils sont à l’initiative d’une vaste étude menée à partir des résultats des recherches faites sur le terrain par M. Griaule et G. Dieterlen (1950). "La première de toutes les paroles prononcée par Nommo (la Divinité) exprimait l’idée même de "parole". Cette première parole", disent les Dogons, "se manifesta sous la forme d’un battement régulier qui fut le premier rythme, les Dogons l’appellent "la mère des paroles".

Image

MUSICIENNES EGYPTIENNES

Cette "mère des paroles" d’essence divine est aussi l’origine de la parole humaine et des rythmes musicaux "qui allèrent en se compliquant mais toujours en correspondance avec les paroles", ajoutent-ils. La suite de l’analyse nous fournit les raisons de l’existence aux Antilles de phrases en kréyol du type : I ka fè klarinet’ la palé fwansé ! (il fait la clarinette parler français). Pourquoi vouloir associer le son d’un instrument à l’idée d’une parole prononcée ? D’où vient cette idée ?

Chez les Dogons, "tout rythme musical produit par un tambour ou tout autre instrument peut être traduit en formules types qui représentent la parole de cet instrument, elle-même interprète de la voix du moniteur ou des ancêtres réglant la marche du monde". Ainsi jouer d’un instrument pour l’africain, c’est en fait le faire "parler". Musique et Parole sont un tout car les instruments ne sont que les porte-paroles du divin (Nommo) ou des ancêtres lumineux séjournant près du divin, qui "continuent à assurer le maintien en équilibre de l’univers et de la société des hommes". La musique comporte encore la vertu prodigieuse de féconder et de vivifier "car elle est de la même essence que l’eau, source de vie". Les Dogons affirment que cette substance subtile est logée à l’état latent dans le corps de l’homme "en compagnie des huit graines qui constituent les principes vitaux de la personnalité".

L’art du poète ou du chanteur consiste à rendre la parole fécondante et vivifiante. A ce titre, la musique est aussi utilisée en Afrique dans le cadre de la médecine pour guérir (ou plutôt vivifier) les malades.

Le couple parole/musique est ainsi à la base de toutes les conceptions musicales et cosmologiques négro-africaines.

Image

DANSEURS DOGONS

L’émetteur naturel de la parole, selon les Dogons est "constitué comme une forge symbolique, dont le foyer est le cœur, rouge et palpitant comme le feu. Le foie, au niveau duquel se passent d’importants échanges biochimiques, est semblable à un récipient dans lequel l’eau, chauffée par le cœur, entre en ébullition et se transforme en vapeur, légère en cas de bonnes paroles, brûlantes dans le cas de mauvaises.

Projetée à l’extérieur par les poumons qui jouent le rôle de soufflets, la vapeur se dirige en suivant une ligne hélicoïdale qui est celle de la vibration créatrice et pénètre par l’oreille de la personne de l’auditeur.

Suivant en sens inverse son chemin initial, elle condense et redevient liquide. Elle est alors acheminée par les différentes parties du corps".

Cette vision philosophico-spirituelle de la musique devrait inspirer une profonde réflexion sur la nature et le message des musiques actuelles.

Les jeunes ne doivent pas oublier le sens profond de la musique et le vertues que nos ancêtres lui accordait, au profit d’intérêts commerciaux qui contribuent à dévaloriser le sens même de cet art.

Prenons humblement conscience du message des Dogons, et tâchons d’être à la hauteur de leurs idéaux.

Image

L’HARMONIE DU MONDE

L’ouvrage d’Oscar Pfouma, qui fut l’une des sources de documentation pour cet article, se consacre à l’étude des sources africaines de la musique depuis l’antiquité pharaonique. A découvrir sans plus tarder en clickant ici.



Références bibliographiques:

[1] Pensez à vous abonner à notre revue scientifique Afrik@raibes mag pour soutenir notre initiative.

[2] Cf. L’harmonie du monde, Oscar Pfouma, éd. Menaibuc.

[3] CF. L’Ibis du savoir, Tyanaba n° 3, Alain Anselin.

Publié : mer. 18 juin 2008 19:50
par pierre atila
Ce texte est fort intéressant. Bravo!
Cependant, bien que convaincu que nombre de musiques actuelles découlent du blues, du jazz, ou de musiques "inventées par des noirs" (comme c'est dit dans ton texte), je crois qu'il faut être prudent et préciser qu'être noir ne signifie pas être africain. Un noir américain en 1920 peut n'avoir quasiment aucun lien culturel vivant avec l'Afrique, si ses ancêtres sont arrivés en 1720 ou même en 1850.
Un autre exemple:
un noir né en Europe, de famille africaine, qui a grandit et été à l'école en Europe, et a été élevé avec une langue européenne, est très européen dans son mode de pensée. Est-il encore africain? Cela dépend...

A fortiori, pour les noirs des Etats Unis, c'est encore plus vrai car les blancs ont bien pris soin d'anihiler leur culture, lorsqu'ils arrivaient sur le sol américain, en les séparant, pour qu'ils ne puisse plus parler leur langue, en leur interdisant d'utiliser les tams tams...

Donc, il est assez certain que les musiques "inventées" par les noirs américains (ceci dit, ils n'ont rien inventé seuls, car ils vivaient proche des blancs et leurs bases culturelles, donc musicales, étaient partiellement celles des blancs - instruments, harmonie, types d'orchestres - à part le gospel et le blues) ont une base plus européenne qu'africaine. Que reste-t-il de l'Afrique chez Duke Ellington, Armstrong, Parker, Gillespie, Cecil Taylor ou John Lewis?

Dans le blues, on trouve certaines caractéristiques rappelant l'Afrique (voix, mélodie, inflexions) mais la base harmonique est complètement européenne (I-IV-V existe depuis Bach et Mozart). Et concernant le blues, je crois que nous ne disposons pas d'informations assez précises sur sa création, que celle-ci reste obscure. A vérifier...

Bref, méfions-nous de tout cliché... Trop rapprocher le noir américain de l'Afrique pourrait nous faire dire qu'un noir de nationalité française, qui a grandit ici, ainsi que ses parents, n'est pas français...

Enfin, je préciserai pour finir que je ne suis que musicien, pas musicologue, et que ce qui est important, c'est la musique, la musique vivante, les sons. Le reste, c'est des mots... ;o)

Quand Israël était black

Publié : mer. 6 août 2008 12:26
par Makikool
Article tiré de l'excellent magazine "Vibrations" du mois de Juin 2008, texte de Pierre-Jean Crittin

Les « Soul messengers », « Spirits of Israël » et autres « Tonistics » font resurgir tout un plan de l’histoire Afro-Américaine, celle d’expatriés partis au milieu des années 70 en Israël chanter la terre de leur ancêtre.
Car pour ces musiciens il ne fait aucun doute qu’Israël est le berceau de l’Afro-Amérique.
Le mouvement des « Black Hebrews » ou des African Hebrew Israelites » prend forme à Chicago en 1966 lorsqu’un certain Ben-Ami Ben Israël, plus connu sur son lieu de travail (une usine d’aciers) sous le nom de Ben Carter, a une vision.
L’archange Gabriel lui apparaît et lui révèle que les Afros Américains sont des descendants de la tribu perdue de Juda.
Ben Israël accompagné de 30 de ses disciples, suivent le message du prophète et décident de s’installer en Israël.
Ils s’arrêtent d’abord au Liberia, le prophète ayant précisé qu’ils devaient faire le voyage de retour par le même chemin qu’ils avaient pris pour venir aux Etats-Unis.

En 1969 après avoir passé deux ans et demi dans la capitale Ghanéenne, ils entrent en Israël et s’installent à Dimona, une ville du désert de 30 000 habitants créée de toutes pièces pour accueillir l’afflux croissant d’immigrés.
Les « Black Hebrews » ne se convertissent pas au judaïsme car, comme le dit Ben Israël, « cela consisterait à reconnaître que nous n’étions pas ceux que nous avons affirmés être. »

Bien des historiens et penseurs (Arthur Koestler, Cheikh Anta Diop) ont rappelé l’origine Africaine des premiers juifs, se basant sur les écrits apocryphes de certains apôtres et d’auteurs latins comme Tacite.

Selon ses sources, en 70 après Jésus-Christ, les Israélites de descendance africaine sont chassés de Jérusalem par les Romains, retournent en Afrique où ils sont plus tard transportés comme esclave jusqu’au Etats-Unis. (Chanson de Desmond Dekker : « The Israelites »)
Le gouvernement d’Israël n’a jamais vraiment reconnu la légitimité de la communauté noire hébraïque, même si elle a fini par l’accepter.
Celle-ci joue plutôt bien le jeu, et s’intègre volontiers dans la vie commerciale et culturelle du pays.
Le chanteur de gospel Eddie Butler a même représenté par deux fois le pays à l’Eurovision (1999 et 2004).
Les « Blacks Hebrews » ne désespèrent pas, à l’aune du 60ème anniversaire du pays, d’être reconnus comme des citoyens à part entière.
« On garde notre style de vie, on tient à nos convictions, mais en même temps, nous sommes fiers de notre pays, » dit leur porte parole Ahmadiel Ben-Yehuda au site israel21c.org.
« Soul Messages From Dimona » le disque des « Soul messengers » vient à point nommé témoigner de l’apport de cette communauté à la vie culturelle en Israël.

texte de Pierre-Jean Crittin

Publié : sam. 6 déc. 2008 20:14
par pierre atila
ah ah ! bien vu mon ptit flo ! :o)
intéressant l'article. j'ai eu l'occase de rencontrer des gars de cette communauté. bref...

allez, continuons à avancer dans ce monde... et vive la vie ! faut s'éclater !
p